La monnaie libre est-elle une réserve de valeur?


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Lorsque l’on cherche la définition la plus commune de ce qu’est la monnaie, on tombe assez facilement sur la définition qu’en a donné Aristote ( environ 350 av JC)

Nous y trouvons donc trois “fonctions” qu’Aristote avait attribué à la monnaie, qui sont toujours visiblement d’actualité en 2019. (environ 2619 années plus tard).

  • intermédiaire dans les échanges : la capacité d’éteindre les dettes et les obligations, notamment fiscales, constitue le « pouvoir libératoire » de la monnaie ;
  • unité de compte pour le calcul économique ou la comptabilité.
  • réserve de valeur ;
    (Wikipédia)

La fonction qui nous intéresse ici est la réserve de “valeur”. Je mets ici le mot “valeur” entre guillemets car c’est un terme à utiliser avec précaution lorsque l’on aborde la monnaie libre, et plus particulièrement, quand on étudie la TRM - Théorie Relative de la Monnaie (Stéphane Laborde - 2009), qui démontrait 10 ans avant la Ğ1 qu’une monnaie libre était possible.

La TRM se fonde sur des principes de base, des axioms précis:

  • L’Humain est base de l’économie (Sans humain, pas d’économie)
  • La “valeur” est une grandeur relative à chaque individu Humain, et il n’existe aucune “valeur absolue” ou “objet ayant la même valeur pour tous les individus partout et en tout temps”
  • La “valeur” est une grandeur relative s’exprimant à travers une autre “valeur” relative.
  • Chaque individu Humain doit être traité de manière symétrique dans l’espace et dans le temps et doit disposer des mêmes “libertés économiques fondamentales
  • La liberté se définit comme suit: ce qu’il est possible de réaliser sans nuire à soi-même et à autrui.

Le question de “réserve de valeur” se réfute si l’on reconnaît qu’il n’existe pas de “valeur” mais bien des “perceptions différentes de valeur selon les points de vue”. C’est un problème de relativité du point de vue.

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Prenons un exemple:
Soit un individu A qui voit de la “valeur” seulement dans un ensemble d’objet appelé ‘Ea’. et un individu B qui lui n’en voit pas du tout dans cet ensemble ‘Ea’ mais voit de la valeur uniquement dans un ensemble d’objets ‘Eb’.
Précisons que ces 2 individus font partie de la même zone économique, et utilisent la même monnaie.

Donc:

A voit de la valeur uniquement dans Ea.
B voit de la valeur uniquement dans Eb.

Nous avons 2 individus qui ne sont donc pas DU TOUT d’accord entre eux sur ce qui est valeur ou pas. Admettons que ces 2 individus aient un stock de monnaie (une épargne) similaire, à laquelle ils ne touchent pas entre 2 dates données t(0) et t(1).

Imaginons maintenant que tous les prix des objets contenus dans Ea soient multipliés par 10 entre nos deux dates t(0) et t(1), mais que les prix de Eb restent identiques.

A se retrouve à ne pouvoir acheter à t(1) seulement 1/10 de ce qu’il pouvait acheter en t(0) alors que B ne voit pas de différence entre t(0) et t(1), il peut s’acheter autant de choses à ces deux dates.

B verra donc, dans la monnaie qu’il a épargnée, une “réserve de valeur”, qui lui permet d’acheter la même quantité de choses à t(0) et à t(1) alors que A verra que la monnaie qu’il a épargnée ne lui a pas permis de “garder de la valeur”.

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Donc partant de là, il va être difficile de parler de “réserve de valeur” car la valeur est relative à l’individu qui l’observe, donc nul objet ou bien ne peut avoir ce rôle de “réserve de valeur” partout dans l’espace économique à un temps donné, ainsi qu’à l’épreuve du temps pour tous les individus.
Ou alors c’est que nous nous plaçons depuis un référentiel d’observation qui serait universel… Ce qui pose la question de la légitimité de ce référentiel.

Que vous puissiez acheter du pain d’un jour à l’autre avec 1 Euro ne fait pas de l’Euro une “réserve de valeur” en soi. Car si vous êtes en Grèce et que vous épargnez de quoi vous acheter du pain pour un mois, et que vous venez en France directement après avoir épargné, vous constaterez que vous ne pouvez pas vous acheter ce que vous aviez prévu à la base avec votre épargne (pas de réserve de “valeur” spatiale, si vous changez de point dans l’espace, les observation vont changer).

Ou bien si vous épargnez et que vous attendez 40ans, je ne suis pas persuadé que vous aurez exactement le même potentiel d’achat avec cette épargne (pas de réserve de “valeur” temporelle).

La réflexion ne se concentre pas seulement sur un individu qui pourrait constater un “réserve de valeur” pour lui, sans bouger d’endroit et sur un temps très court en regard du renouvellement des générations chez l’humain, mais plutôt sur l’impossibilité qu’une “réserve de valeur” puisse exister par principe, car chaque humain est maître de ce qu’il définit comme étant “valeur” ou “non valeur” pour lui, et tous les être humains sont base de l’économie.

La TRM aboutit donc sur une solution, nous permettant à nous autres, humains, de nous créer un système comptable permettant à tous les humains y participant (y compris ceux qui ne sont pas encore nés) d’être en possession de leur 4 libertés économiques fondamentales, indépendamment des choix économiques effectués par les plus anciens.

Les chiffres monétaires sont crées en permanence dans le temps, pour tous (les volontaires) de manière inconditionnelle (symétrie spatiale), et sans léser les futurs arrivants (symétrie temporelle) car ils créeront dans un même temps la même proportion de la masse monétaire moyenne que les génération précédentes.

Et à partir de ça, libre à chaque être humain utilisant ce système comptable libre de mettre plus ou moins de “valeur” dans les unités de comptes, mais cela ne regarde que ces humains là.
Ils disposent d’une référence commune pour communiquer leur sensation relative de “valeur” et peuvent se mettre d’accord sur des “prix”.

Le DU n’est pas un invariant de “valeur”, mais c’est bien la production du DU qui elle est invariante entre les humains utilisant une monnaie libre.
Ça en fait un bon candidat pour être une unité de mesure de “la valeur” du coup, car il est partagé par tous, et est produit sur la base d’un invariant.

Au même titre que chacun à une température préférée de sa douche, qui est très fluctuante d’un individu à un autre, mais nous disposons d’une unité de mesure de la température, partagée par tous et retrouvable car basée sur une invariance de la température de gel et d’ébullition d’eau, sur laquelle nous somme tous d’accord pour communiquer les informations relatives à la température, entre nous.